Une église pleinement biblique

Steve Atkerson

Y a-t-il des critères indispensables pour qu’une église soit biblique? Il a été avancé plus tôt dans ce livre que les pratiques léguées par les apôtres ont l’autorité d’un commandement biblique. Si on considère le Nouveau Testament dans son ensemble, on peut se faire une idée claire de ce qui a été commandé par les apôtres pour la forme de l’église :

  • Les croyants se réunissent en tant qu’église le premier jour de la semaine. (Il est bien de remarquer que c’est la seule tradition apostolique que les premiers pères de l’église n’ont pas reconsidérée ou changée. La raison est que cela n’affectait en rien la nature de ce qu’est l’église et n’avait alors aucun impact sur les fausses doctrines ou sur les changements sur le plan de la forme de l’église qu’ils ont intégrée d’une manière ou d’une autre. Ils n’y ont donc rien changé et c’est demeuré comme les apôtres l’avaient établi à l’origine.
  • Lorsque les églises s’assemblent, elles se réunissent dans des maisons.
  • Lorsqu’ils s’assemblaient ensemble dans leurs maisons, l’adoration en groupe et le partage étaient tout à fait libres et spontanés (1 Corinthiens 14:26 décrit le déroulement comme « chacun a »), sans que personne dirige à l’avant. Les premiers croyants n’avaient rien qui ressemblait quelque peu à un service d’église.
  • Un des aspects de leur réunion consistait à manger le Repas du Seigneur comme un repas complet, en fait comme leur principal repas de la journée, qu’on appelait communément le repas agape.
  • Pour eux, l’église était comme une extension de la famille (l’idée que des églises soient des institutions ou des organisations leur aurait été complètement étrangère) et la conduite, sans hiérarchie, était faite par des hommes choisis dans l’église qu’ils serviraient ensuite. Ce conseil d’anciens tiré du groupe (ancien, pasteur/berger, évêque/surveillant étant tous des synonymes dans le Nouveau Testament) cherchait à diriger par consensus dans la mesure du possible, et comprenait que son rôle en était un de fonction et non de dignité.

La Bible révèle clairement comment les apôtres, qui ont reçu une complète révélation de Jésus et ses enseignements, ont prévu que les églises fonctionneraient. La question est : à quel point le plan peut-il être changé tout en laissant l’église fondamentalement biblique dans sa nature et ses fonctions? (J’emploie ces termes car la nature et les fonctions sont reliées. Ils sont des côtés différents d’une seule et même chose.) Comme dans la vie, la fonction détermine la forme et rien ne peut changer cela! Par exemple, les parents et les enfants interagissent différemment que des collègues de travail et c’est la différence de nature qui fait que la différence de fonction est si différente. Une famille où les parents et les enfants interagissent entre eux comme des collègues de travail plutôt que comme des parents par le sang serait un exemple d’une famille dysfonctionnelle et non d’une famille normale. Pareillement, les églises qui fonctionnent comme des institutions ou des organisations plutôt que comme de grandes familles du peuple du Seigneur sont des exemples d’églises dysfonctionnelles et non d’églises normales selon la Bible.) Alors répondons à la question qui a été posée et voyons quels aspects du plan apostolique, s’il y en a, ne sont pas essentiels au maintien de la nature et des fonctions d’une église biblique. Traitons d’abord de la question de la journée que l’église doit se réunir.

En ce qui concerne la nature et les fonctions, cet aspect n’a pas d’impact et comme je l’ai mentionné auparavant, les premiers pères de l’église l’ont compris et n’ont donc pas vu l’intérêt d’y changer quelque chose. Ils savaient qu’ils pouvaient changer les fonctions et la nature des églises sans tenir compte du jour qu’elles se réunissent, alors ils ont gardé le statu quo apostolique à ce sujet. À l’opposé, une église biblique pouvait changer leur jour de rencontre et malgré tout demeurer comme elle était et continuer à fonctionner de la même façon dans tous les autres aspects. Je serais le premier à dire que d’être (la nature) et de faire (la fonction) l’église de façon biblique est plus important que le jour de la réunion afin d’être ceci et ou de faire cela. Je préfèrerais faire partie d’une église biblique dans sa pratique et ses fonctions mais qui se rencontre en milieu de semaine que de faire partie d’une autre qui se réunit les dimanches mais qui n’est pas biblique selon notre précédente définition. Mais voilà ma question : même si les premiers pères de l’église eux-mêmes ont choisi de ne pas changer le jour de la réunion des croyants, sur quelle base et pour quelle raison le ferions-nous? Je répète toutefois que j’admets sans réserve qu’une église se réunissant un autre jour de semaine que le dimanche puisse être en tous autres points totalement biblique. Par ailleurs, si cela devenait illégal de se réunir les dimanches mais non les jeudis, je serais probablement heureux de faire les changements nécessaires en de telles circonstances. Mais en l’absence de circonstances atténuantes, pourquoi changer le jour où, sous la direction et les soins des apôtres, l’église du premier siècle se réunissait?

Laissez-moi ici répondre à une question légitime. Dans le monde du Nouveau Testament, les Juifs commençaient une nouvelle journée le soir, ce qui signifie que le premier jour de la semaine commençait pour eux le samedi soir. C’est pourquoi, si une église se réunissait les samedis soir spécialement pour cette raison, je considèrerais ceci comme étant une chose biblique à faire. Cependant, on doit dire que cela paraîtrait illogique dans les pays où on considère que chaque jour débute le matin. Pour la plupart d’entre nous, le premier jour est à partir de notre lever le dimanche matin jusqu’à notre coucher, alors à mon avis, je dirais que de se réunir les dimanches reste biblique. De plus, le verset dans Actes 20 qui nous indique que les églises se réunissent le premier jour de la semaine a été écrit par un Gentil (Luc), au sujet de Gentils (Troas), et il est peu probable dans ce cas qu’il adoptait la manière juive de compter les jours. Mais passons maintenant à la question des réunions dans les maisons.

Personne ayant un minimum de connaissances bibliques ne peut nier que l’église du premier siècle se réunissait dans des maisons. La nature et les fonctions des réunions qu’avaient les croyants lorsqu’ils s’assemblaient en tant qu’église voulaient simplement dire qu’il n’y avait pas pour eux le besoin de faire autrement. Le nombre de personnes de chaque église devait, par définition, être petit; leurs réunions interactives, sans personne pour diriger à l’avant (l’église du Nouveau Testament n’avait rien qui ressemblait, même vaguement, à un service d’église), et un repas préparé en quantité suffisante étaient parfaits pour être faits dans une maison. Après tout, à quel autre endroit cela pourrait-il être mieux? Encore une fois, on voit que la fonction détermine la forme et c’est toujours le cas dans le Nouveau Testament. Le changement éventuel des maisons à des bâtiments religieux spécialement consacrés a été fait par les premiers pères de l’église, tout comme les autres changements que nous examinons. Il est intéressant de remarquer que cela a été le dernier changement qu’ils ont apporté au plan des apôtres; la réunion maison est la tradition apostolique qui a subsisté le plus longtemps à leur réorganisation de l’église chrétienne.

Mais prenons maintenant pour exemple la situation critique de vingt Eskimos d’un village près du Pôle Nord qui viennent tout juste de devenir chrétiens et qui veulent former une église. Cependant, leur plus grand igloo ne peut contenir que huit personnes. S’ils décident alors de louer un igloo légèrement plus grand dans le but de l’utiliser pour leurs réunions d’église, et supposant qu’ils se réunissent quand même comme la Bible le décrit, c’est-à-dire sans changer la nature que devrait avoir la réunion, je n’y vois pas de problème. En fait, je préfèrerais faire partie d’une église biblique qui se réunit en dehors des maisons pour leur réunion principale — en supposant que les autres pratiques bibliques se font — plutôt que de faire partie d’une église qui se réunit dans des maisons mais qui n’est pas biblique dans tous ses autres aspects. Vous pouvez, si vous le devez vraiment, maintenir la nature et les fonctions de l’église tout en vous réunissant ailleurs que dans une maison. En fait, l’église dont je fais partie a quelques fois loué une salle pour la partie de nos réunions qui inclut des chants par amour pour les voisins qui se sont plaints du bruit. Mais nous nous y assoyions en cercle, comme dans les maisons, et ce que nous avons fait dans cette salle était participatif; chacun pouvait participer spontanément et personne ne dirigeait à l’avant. Lorsque nous avions terminé, nous retournions dans une des maisons pour le repas agape. Laissez-moi toutefois insister qu’il faut s’assurer qu’une dérogation de la norme biblique, qui est acceptable en raison de circonstances atténuantes, ne devienne pas elle-même la norme. Laissez-moi faire la démonstration de ceci à l’aide de ce que la Bible enseigne au sujet du baptême.

Le baptême biblique est un commandement du Seigneur, comme le sont les traditions apostoliques concernant le fonctionnement de l’église. Bien que la façon de baptiser ne soit nulle part commandée, nous savons qu’il doit être fait immédiatement au moment de la conversion et dans l’eau, car c’est ce que l’église du premier siècle faisait (la tradition apostolique nous sert ici encore de modèle). (Et on conclut que c’est par immersion pour la seule raison que le mot baptême en français est simplement une translittération du mot grec baptizo qui veut littéralement dire tremper, plonger ou immerger.) Plusieurs d’entre nous sont très inquiets à l’idée que l’on est libre d’apporter des changements à cela, que ce soit au sujet de la personne qui est baptisée, du mode de baptême ou bien le moment; et nous sommes tristement conscients que l’église en général a tordu le baptême de plusieurs manières pendant bien trop longtemps. Afin d’obéir à l’enseignement de la Parole de Dieu, notre position serait que le baptême d’une personne doit être effectué après sa profession de foi, par immersion complète sous l’eau.

Supposons qu’une personne confinée au lit en raison d’un handicap se convertisse au Seigneur. Il ne convient évidemment pas de baptiser un tel homme par immersion comme on le commande et le voit dans le Nouveau Testament. Ne serait-il pas permis ici, et avec raison, d’avoir recours à un autre mode de baptême (l’aspersion?) plus approprié? Bien sûr! Bien que ce baptême ne serait plus conforme au modèle des Écritures dans les apparences, il en respecterait l’esprit. Mais voici ce qu’on doit en retenir : tout ce que je viens de dire ne peut s’appliquer au baptême d’une personne qui possède la pleine jouissance de son corps; on la baptiserait de façon normale afin de respecter la volonté du Seigneur. Et personne ne pourrait préconiser le baptême pour quelqu’un qui ne croit pas en Jésus par la foi, parce que cela porterait atteinte à la nature même du baptême, bien que son mode puisse être en accord avec les Écritures.

C’est ce que je veux dire lorsque j’affirme qu’il ne faut pas laisser des dérogations permises par la Bible en raison de circonstances atténuantes devenir la norme. Si l’église dont je fais partie avait eu accès à une maison dont la taille est semblable à celles qui se trouvent, par exemple, en Amérique, nous n’aurions jamais songé à utiliser une salle pour une partie de notre réunion. (Les voisins n’auraient évidemment jamais entendu les chants dans une maison détachée située sur un grand terrain, alors il n’aurait pas été nécessaire de les calmer.) Retournons un instant à nos frères et sœurs hypothétiques du Pôle Nord : si finalement ils ont un igloo assez grand pour accueillir beaucoup de gens, pourquoi auraient-ils besoin de louer un endroit public plus grand pour leurs réunions d’église?

Bien sûr, la vérité est que d’essayer de ne pas tenir compte de ces facteurs qui font qu’une église est biblique est habituellement une tentative de faire passer en douce d’autres façons de faire les trois choses que j’ai dites :

  • des louanges et des partages participatifs où personne ne dirige à l’avant;
  • le Repas du Seigneur célébré comme un repas complet; et
  • une direction sans hiérarchie d’hommes tirés du groupe.

Qu’il soit clair que ce qui a été dit au sujet des réunions maison et des trois choses mentionnées ci-dessus représente les critères de base non négociables pour qu’une église puisse être considérée biblique. Mais qu’il soit clair aussi que je ne veux pas dire que tout doit être mis en place en criant ciseaux. Il y a souvent, et même fréquemment, le besoin de s’instruire, de se fortifier et de croître spirituellement tout d’abord. Il reste que ces choses doivent demeurer ce vers quoi l’église tend même si elle n’y est pas parvenue encore. C’est en quelque sorte une destination. Bien sûr, le Repas du Seigneur en tant que repas complet se doit d’être mis en place dès le début puisqu’il n’y a pas de raison pour que ce ne soit pas le cas. Pour ce qui est du conseil des anciens par exemple, cela peut effectivement être mis en place beaucoup plus tard. Et comme c’est souvent le cas, quelqu’un peut faire le premier pas dans les réunions de groupe hebdomadaires jusqu’à ce que les autres apprennent eux aussi à y prendre part. Il faut bien comprendre toutefois qu’on doit mettre au clair ce vers quoi l’église se dirige en ce qui a trait à ses fonctions et le déroulement des choses.

Un point important est que tout ce qui touche ces choses de près ou de loin a une incidence sur la nature même de l’église. Changez certains aspects et l’église fonctionnera non seulement d’une manière différente de ce que le Nouveau Testament nous révèle, mais d’une manière qui lui est tout à faire étrangère. En fait, c’est pratiquement l’opposé! Pour revenir à l’exemple du baptême, on peut dire que cela équivaut à baptiser un non-croyant. On change ainsi la nature même de la chose, ce qui correspond à invalider et faire abstraction de la volonté du Seigneur à ce sujet. En fait, c’est presque de s’en défaire! On arrive donc à ceci : pourquoi quelqu’un qui comprend ces trois aspects du plan voudrait-il remettre en question les deux premiers (se réunir les dimanches dans les maisons), à moins qu’il y ait des circonstances atténuantes qui l’y contraignent très fortement? On ne pourrait l’exprimer mieux que l’a fait mon bon ami Steve Atkerson « La vraie question n’est pas : “Pourquoi devrions-nous faire les choses telles que les apôtres les ont faites? ” Elle est plutôt : “Pourquoi voudrions-nous faire les choses autrement?” »

Je pense que ça dit tout!

— Beresford Job
02/13/07

QUESTIONS À DISCUTER

  1. À votre avis, quels sont les critères indispensables pour qu’une église soit biblique?
  2. À quel point le plan apostolique peut-il être changé tout en laissant l’église fondamentalement biblique dans sa nature et ses fonctions?
  3. Pourquoi ce que l’église fait est-il plus important qu’où et quand elle le fait?
  4. Quelles sont les circonstances atténuantes qui justifient de déroger du modèle biblique?
  5. Pourquoi l’auteur a-t-il pris comme exemples les Eskimos et la personne quadriplégique?
  6. Une église n’est pas simplement biblique parce qu’elle se réunit dans une maison. Qu’est-ce que l’auteur entendait par église biblique?

Remarque : La NTRF offre aussi des ressources pour l’enseignant afin de l’aider à diriger une discussion au sujet de la vie d’église du Nouveau Testament. Demandez The Practice of The Early Church: A Theological Workbook (Leader’s Guide) à www.NTRF.org.